Le chômage chez les jeunes : le canari dans la mine
Par Jim Stanford, économiste et directeur, Centre for Future Work
Ce commentaire a été soumis lors de la récente audition spéciale du Sénat sur le chômage des jeunes au Canada, convoquée par le sénateur Andrew Cardozo.
Le chômage reste obstinément élevé au Canada, aggravé par les conséquences des tarifs douaniers imposés par Donald Trump et les effets persistants des taux d’intérêt élevés. Comme toujours, ce sont les jeunes qui supportent le fardeau le plus lourd d’un marché du travail en perte de vitesse. Ils sont embauchés en dernier et licenciés en premier – la hausse du chômage chez eux est donc un signe avant‑coureur des turbulences à venir sur le marché du travail. L’été dernier, le taux de chômage des étudiants qui comptaient retourner aux études à l’automne a atteint son plus haut niveau depuis le début du siècle (exception faite de la période de la pandémie de COVID), et la prochaine saison des emplois d’été ne montre aucun signe d’amélioration notable.
À la fin de 2025, on comptait environ 420 000 chômeurs de moins de 25 ans au Canada, avec un taux de chômage moyen de 13,3 %. Les personnes faisant partie de la tranche des 25‑29 ans peuvent aussi être considérées comme des « jeunes »; près de 200 000 d’entre elles étaient sans emploi à la fin de l’année. Cela porte le total à plus de 600 000 chômeurs de moins de 30 ans, pour un taux de chômage combiné d’environ 10 %. Le chômage frappe encore plus durement les plus jeunes : 18 % chez les moins de 20 ans.
Cette tranche des 15‑19 ans est celle qui a connu la plus forte hausse du taux de chômage au cours des deux dernières années. De plus, le taux d’activité a légèrement reculé dans toutes les cohortes de jeunes (surtout chez les plus jeunes). Sans cette baisse de la participation au marché du travail, le taux de chômage officiel des jeunes serait encore plus élevé. Le chômage touche davantage les jeunes hommes que les jeunes femmes.
Le chômage des jeunes (15‑24 ans) mesuré de façon classique est généralement environ deux fois plus élevé que la moyenne nationale, et ce rapport n’a pas beaucoup changé ces dernières années : le chômage des jeunes est resté très élevé, mais il a augmenté au même rythme (environ 2 points de hausse pour chaque point d’augmentation du taux national moyen) que l’affaiblissement général du marché du travail.
C’est pourquoi la solution au chômage des jeunes doit d’abord passer par un engagement ferme à réduire le chômage dans son ensemble, plutôt que de chercher des moyens de simplement « redistribuer » le chômage en favorisant l’embauche des plus jeunes dans un marché du travail qui demeure sous‑utilisé. Les stratégies pour stimuler la création d’emplois de façon générale consistent à renforcer les investissements privés et publics, mieux appuyer les services publics et les services d’aide, appliquer une politique industrielle visant à consolider les industries à valeur ajoutée au Canada, et réorienter la politique monétaire pour prioriser la création d’emplois en même temps que le contrôle de l’inflation.
Cet engagement au niveau macroéconomique en faveur du plein emploi peut être utilement complété par des mesures ciblées pour les jeunes travailleurs. Parmi les exemples : l’élargissement des programmes d’emplois d’été et d’emplois post‑diplôme, le renforcement des formations en milieu de travail et des programmes d’apprentissage (avec des liens directs vers des emplois après la formation), et des occasions d’apprentissage par l’expérience (comme le programme Katimavik au Canada ou le groupe de jeunes pour le climat proposé) qui permettent aux jeunes d’acquérir de nouvelles compétences et une expérience de vie enrichissante.
Certaines stratégies de partage du fardeau du chômage peuvent réellement aider les jeunes, qui risqueraient autrement d’être licenciés, tout en restant équitables pour les travailleurs plus âgés. Les programmes de partage du travail dans les entreprises touchées par des compressions aident à préserver l’effectif total (et à éviter que les licenciements ne frappent principalement les jeunes ayant moins d’ancienneté). Les incitations à la retraite anticipée peuvent encourager les travailleurs plus âgés à quitter volontairement le marché du travail en période de ralentissement (ce qui préserve là aussi des emplois pour les jeunes ayant moins d’ancienneté).
D’autres mesures peuvent améliorer les salaires et la sécurité de revenu dans les emplois où les jeunes sont surreprésentés. Par exemple, il faudrait un engagement à augmenter le salaire minimum (puisqu’une grande proportion des travailleurs touchant le salaire minimum sont des jeunes) et une meilleure réglementation des formes d’emploi non standards (comme le travail à la tâche ou sur plateforme, où les jeunes sont également surreprésentés).
Le bien‑être économique général des jeunes peut être encore amélioré grâce à d’autres mesures, comme la réduction des coûts des services essentiels qu’ils utilisent beaucoup (frais de scolarité, transports en commun) et une stratégie complète pour contrer la crise du logement au Canada (les jeunes étant les plus durement touchés par le coût exorbitant de l’accession à la propriété et surtout des loyers).
Une proposition plus ambitieuse dans cette veine serait l’instauration d’un revenu de base pour les jeunes (peut‑être pour les 18‑25 ans), qui offrirait un soutien financier de base pour prévenir la pauvreté et faciliter la poursuite des études, la création d’entreprise ou un lancement réussi sur le marché du travail. Combiné à la Prestation canadienne pour enfants, au Supplément de revenu garanti pour les aînés à faible revenu et à la nouvelle Prestation canadienne pour personnes handicapées, cela représenterait un pas important vers un revenu plancher de base pour tous les Canadiens et les Canadiennes.
Les recherches montrent un effet de « cicatrice » durable chez les jeunes qui commencent leur carrière en période de ralentissement économique : leurs gains à vie peuvent être réduits de près de 10 %. Cela équivaut à une perte totale (en dollars réels de 2026) de près d’un quart de million de dollars! Cette perte provient à la fois des revenus manqués pendant les premières années de chômage, mais surtout d’une progression salariale plus faible par la suite.
La frustration de nombreux jeunes canadiennes et canadiens, qui estiment ne pas avoir les mêmes chances que les générations précédentes, alimente un sentiment d’aliénation et, dans certains milieux, la montée de l’extrémisme politique. Il est donc d’autant plus urgent que les institutions canadiennes collaborent pour faire baisser le chômage des jeunes et leur offrir de généreuses mesures d’appui à la formation, de soutien du revenu et d’aide au coût de la vie – le tout dans le cadre d’un engagement plus large pour le plein emploi. Sans cela, cette colère légitime risque de s’envenimer et de créer un terreau fertile pour les idées extrêmes.